Nous nous plaisons à renouveler ici la preuve qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil noir de la politique. La communication-spectacle et la manipulation des esprits sont une vieille pratique. Les jeunes gens qui nous gouvernent l'ignorent. Ils sont persuadés que le monde a commencé avec eux. On le leur laisse croire dans les classes préparatoires et les grandes écoles dont ils sortent en ignorant les choses de la vie, après avoir tout appris.

En écoutant le plus illustre de nos hauts diplômés de la plus illustre de nos écoles, il me vient toujours à l'esprit l'histoire de la queue du cheval de Sertorius que Plutarque, né vers 46 et mort vers 125, a contée dans LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES.

 

Sertorius, né Vers 126 av J.C mort en 72 av J.C), était un général romain dissident qui s'était taillé un empire en ralliant des Ibères, des Lusitaniens, des Gaulois et aussi des Africains.

Voici un extrait d'une anecdote, traduction du Grec de l'éditeur Didier, plus brève que celle de la Bibliothèque de la Pléiade de Gallimard.

« Sertorius, à qui toute l'Espagne, en deçà de l'Èbre, s'était déjà soumise, se vit, par la jonction de Perpenna, à la tête d'une puissante armée, et chaque jour il lui arrivait de tous côtés de nouvelles troupes ; mais il ne voyait pas sans inquiétude la confusion et l'audace de ces Barbares, qui, impatients de tout délai, criaient sans cesse qu'on les menât à l'ennemi. Il essaya d'abord la voie de la persuasion ; mais les voyant prêts à se révolter et à se porter aux dernières violences pour le forcer à attaquer hors de propos, il les abandonna à leur fougue, s'attendant bien qu'après avoir été, non pas entièrement défaits, mais fort maltraités, ils seraient dans la suite plus soumis et plus dociles. Ils furent battus comme il l'avait prévu, et étant allé à leur secours, il les recueillit dans leur fuite, et les ramena en sûreté dans le camp. Mais peu de jours après, pour leur ôter le découragement où cet échec les avait jetés, il assemble toute l'armée, et fait amener deux chevaux, l'un très vieux et très faible, l'autre grand et robuste, et remarquable surtout par la beauté de sa queue, et par l'épaisseur des crins dont elle était garnie. Près du cheval faible il place un homme grand et fort, et près du cheval vigoureux, un petit homme qui n'avait aucune apparence de force. Au signal donné, l'homme fort saisit à deux mains la queue du cheval faible et la tire de toutes ses forces, comme pour l'arracher, pendant que l'homme faible, prenant un à un les crins de la queue du cheval fort, les arracha tous très facilement. Le premier, après bien des efforts inutiles qui prêtaient fort à rire aux spectateurs, abandonne son entreprise ; l'homme faible, au contraire, montre la queue de son cheval qu'il avait, en un moment et sans peine, dégarnie de tous ses crins. Sertorius alors se levant : « Mes alliés, leur dit-il, vous voyez que la patience a beaucoup plus de pouvoir que la force, et que des choses qu'on ne peut surmonter tout à la fois cèdent aisément quand on les prend l'une après l'autre ; la persévérance est invincible, c'est par elle que le temps, attaquant les plus grandes puissances, les détruit et les renverse c'est un allié aussi sûr pour ceux à qui la raison fait observer et saisir le moment favorable, qu'elle est un ennemi dangereux pour ceux qui mettent trop de précipitation dans les affaires. » « C'est par de semblables apologues que Sertorius rassurait ses soldats, et leur enseignait à attendre les occasions. »

La communication n'a pas attendu la télévision pour être ostentatoire et utiliser des artifices destinés à convaincre des barbares. Les forcenés de la communication politique croient pouvoir inoculer leurs idées fausses au cerveau du citoyen comme on charge un logiciel dans un ordinateur. Ils cachent leur propagande sous le pseudonyme de la pédagogie. C'est l'aveu qu'ils nous prennent pour des enfants.

Notre pays qui vit naître Descartes ne veut, pas savoir que le second principe du Discours de la Méthode fut emprunté à Sertorius qui le mettait déjà en pratique pour conduire ses actions, donc ses pensées, plus de quinze siècles plus tôt !

Selon la méthode formulée par Descartes, il faut « diviser...chacune des difficultés...en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. »

Pour arracher la queue d'un cheval il vaut mieux ne pas tirer sur tous les poils en même temps. Et quand le cheval est attelé au char de l'état, la racine de sa queue est proche de la racine des mauvaises habitudes. Il faut donc se méfier des ruades.

Certains discours politiques sont entachés par l'imprécision des mots et par l'emploi d'une expression pour une autre. Nous en avons entendu de nombreux qui pourraient être rendus plus convaincants par un simple traitement informatique que je recommande à l'orateur, aux rédacteurs, aux correcteurs, aux communicants patentés.

1 Activer la fonction « Recherche ».

2-Saisir les trois mots « en même temps. »
3 Dans la case « Remplacer par » saisir le mot « aussi »

4 Renouveler l'opération pour toutes les occurrences afin d'ouvrir la possibilité de faire chaque chose en son temps.

Nous ferons ainsi l'économie de deux mots. Ainsi sera pacifié l'Olympe et évité de perdre du temps en opposant Chronos grand maître du temps, à Zeus alias Jupiter grand maître de notre destin.

Ils ont tant à faire.


Pierre Auguste
Le 6 juin 2018